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Les territoires ruraux deviennent eux aussi « éducatifs » (La Gazette des communes)

vendredi 22 janvier 2021

Pour compléter son tableau, Blanquer s’attaque aussi à l’école rurale... Une expérimentation qui n’est pas sans rappeler les rapprochements écoles-collège et les créations de cités scolaires expérimentés dans certaines conventions ruralité.

Dans les trois académies choisies (Normandie, Amiens, Nancy-Metz), le calendrier va être très resserré, l’idée étant de généraliser rapidement comme on l’a vu dans de nombreux autres dossiers.

On sait l’appétence du ministère à faire du rural un laboratoire d’expérimentations. Cela ne passe jamais par la valorisation de ce que l’école rurale réussit et qui serait susceptible d’être étendu ailleurs.

Il faut aussi que nous soyons vigilant-es à ce que ce qui se trame ne signe pas le retour aux établissements inter degrés, largement rejetés par la profession.

Le SNUipp

L’article :

Les territoires ruraux deviennent eux aussi « éducatifs »

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, a décidé de « jouer le jeu de l’école rurale ». C’est en ces termes qu’il a présenté à la presse le 15 janvier 2021 l’expérimentation des « Territoires éducatifs ruraux », qui va se déployer dans trois académies (Normandie, Amiens et Nancy-Metz) et sur 23 territoires pilotes, identifiés par les autorités académiques.

L’objectif n’est pas tant d’augmenter la réussite des élèves, mais de la valoriser. L’école rurale est pour le ministre, « un modèle ». « C’est elle qui fait le mieux réussir nos enfants », a-t-il insisté. Pour « réussir un rebond démographique rural, il faut des projets, des stratégies » a pointé Jean-Michel Blanquer, rappelant la décision de ne fermer aucune école sans l’accord du maire, la création du label « Ecoles numériques 2020 » qui va doter 3 400 écoles élémentaires d’un socle numérique de base dans les villages de moins de 3500 habitants, et le renforcement du plan bibliothèque en milieu rural.

Une expérimentation « Canada Dry »

Avec les « Territoires éducatifs ruraux », le ministre entend améliorer l’ambition scolaire des élèves, beaucoup plus faible qu’ailleurs. De fait, en 2014, 71,7% des élèves des territoires ruraux éloignés poursuivaient des études supérieures contre 80,6% au niveau national. Il s’agit donc de « renforcer les prises en charge pédagogiques et éducative des enfants et des jeunes, avant, pendant, autour et après le cadre scolaire », stipule le dossier de presse. Il est également question « d’alliance éducative locale » à l’échelle « d’un bassin de vie ». Une approche qui s’inspire des Cités éducatives, mais qui n’en a ni les moyens, ni la gouvernance.

Soutenir l’ambition scolaire

Concrètement, en quoi cela va-t-il consister ? Il y aura bien sûr des actions pour soutenir l’ambition scolaire, comme en Normandie, avec une nouvelle cordée de la réussite lancée au collège Victor Hugo de Rugles (2 231 hab. Eure) avec Institut d’études politique (IEP) de Rennes. Dans l’académie de Nancy Metz, il est prévu de doubler les cordées de la réussite dans les neuf territoires de l’expérimentation.

L’enrichissement de l’offre de formation est également au programme, comme au lycée de Carantan (5 864 hab. Manche) où la carte des formations va compter huit spécialités supplémentaires. Dans l’académie de Nancy Metz, les neufs territoires choisis seront dotés « d’un équipement numérique de pointe », avec la création de « e-lab » précise le recteur Jean-Marc Huart. L’offre linguistique sera également améliorée avec la création d’une section euro à Eux en Seine Maritime, ou encore un projet autour de la langue allemande dans le nord de la Meuse. Dans les Vosges, on mise sur ouverture culturelle renforcée, grâce à un partenariat avec la Maison de la Science.

Le retour des établissements des savoirs fondamentaux ?

Raphaël Muller, recteur de l’académie d’Amiens, a quant à lui insisté sur le renforcement de l’attractivité des collèges des trois territoires concernés, avec pour enjeu principal, la mobilité, l’acquisition des savoirs fondamentaux, mais aussi l’articulation entre le premier et le second degré. Jean-Michel Blanquer a lui aussi insisté sur le rôle pivot des collèges. « Chaque Territoire éducatif rural repose sur un réseau constitué d’au moins un collège et de ses écoles de rattachement », est-il précisé dans le dossier de presse. Ce qui n’est pas sans inquiéter l’Association des maires ruraux de France (AMRF). « Vont-ils nous refaire le coup des établissements des savoirs fondamentaux ? » s’alarme son président Michel Fournier. Une proposition qui avait fait un tollé en 2019, lors du vote de la loi Blanquer, et qui aurait permis aux collectivités qui le souhaitaient, d’associer les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles situées dans son secteur de recrutement. L’AMRF s’y était alors opposée fortement, redoutant les mécanismes de concentration des écoles aux chefs-lieux de cantons.

Concertation en berne

Cette méfiance est d’autant plus exacerbée que l’association d’élus ruraux n’a pas du tout été associée à la construction de cette expérimentation. Le Vosgien Michel Fournier, a ainsi appris par voie de presse que son département était concerné ! « La réponse doit être élaborée au plus près des territoires, main dans la main avec les collectivités locales », précise le dossier de presse du ministère… On constatera, qu’une fois de plus, ce n’est pas le cas.

Quant au financement de l’expérimentation, là s’arrête la comparaison avec les Cités éducatives, dotées elles de plus de 100 millions d’euros pour 3 ans. Les territoires éducatifs ruraux devront quant à eux faire avec ce qu’il y a. Les effectifs enseignants accordés pour la rentrée prochaine dans les trois académies concernées « surcompensent » les problèmes démographiques, affirme le ministre de l’éducation. Des classes ont été dédoublées. Aucun financement spécifique pour développer des projets n’a été annoncé, l’idée étant de tirer parti de ceux déjà existants. On ne sait pas non plus précisément qui va coordonner cette « alliance éducative ».

Le calendrier de l’expérimentation, n’a lui non plus rien à voir avec celui des Cités éducatives. Les conventions avec les 23 territoires éducatifs seront signées en février 2021 pour un déploiement jusqu’en juin, date à laquelle les premiers bilans seront faits. Les évaluations nationales de CP, CE1 et de 6è sont des « indicateurs roi », a précisé le ministre. Et tant pis s’ils ne mesurent pas l’amélioration de l’ambition scolaire. Quatre mois est toute façon un peu court pour espérer influer sur ce point…

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