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Evaluations nationales standardisées : analyse des notes de la DEPP de février 2020

mardi 28 avril 2020

Le SNUipp-FSU continue d’informer ses militant-es, et au-delà la profession, au sujet des évaluations nationales : même si d’autres sujets d’actualité sont très prégnants, la question des évaluations standardisées continue de se poser, puisque JM Blanquer considère qu’elles seront un point d’appui particulièrement utile pour cette rentrée 2020…

La Depp a rendu compte dans 2 notes des résultats des élèves de CP et CE1 aux évaluations standardisées de septembre 2019. Voici l’analyse des notes de la DEPP sur les évaluations CP n°20.05 et CE1 n°20.06, de février 2020.

Au CP entre 2018 et 2019 pour les compétences testées à l’identique, on constate des évolutions peu marquées, et les écarts de performances selon le secteur d’enseignement et le sexe sont comparables.

Au CE1 des évolutions positives en français dans 6 domaines sur 7 et en mathématiques des progressions dans tous les exercices sauf le calcul mental qui reste stable, et « représenter des nombres entiers » qui perd 4,6 points.

Les filles réussissent mieux l’ensemble des épreuves au CP tandis qu’au CE1 elles ont de meilleures réussites en français et ce sont les garçons qui ont les résultats les plus performants en mathématiques.

Les écarts entre public et privé persistent, tout comme entre EP et hors EP, et REP et REP+ notamment pour les exercices de compréhension orale et de résolution de problèmes.

Les écarts entre REP et REP+ se creusent au détriment des REP+.

Ce que dit la note CP n°20.05

En Français :

• les élèves ont le niveau de maîtrise le plus élevé dans le domaine de la compréhension orale : 84% pour celle des phrases, 85,8% pour celle des textes

• la connaissance des lettres est la compétence la moins affirmée avec 59% de maîtrise satisfaisante

• la comparaison des suites de lettres a de bons résultats avec 82% de réussite

• la connaissance des lettres et des sons qu’elles produisent est réussie à 80,1%

• la manipulation de syllabes est réussie à 81,3%

• la manipulation de phonèmes est réussie à 82,4%

• la compréhension de mots est à 70,3%

• la compréhension de phrases est réussie à 84%

• la compréhension de textes atteint 85,8%

• des écarts de résultats perdurent entre les écoles privées et publiques au profit des écoles privées

• des écarts entre EP et hors EP persistent, les écarts les plus marqués sont la compréhension orale (19 à 33 point)

• les écarts entre REP et REP+ se creusent au détriment du REP+

Commentaires SNUipp-FSU

Le fait que les meilleurs résultats à ces tests, des élèves entrant au CP, soient ceux portant sur la compréhension de phrases et surtout de textes prouve avant tout que la maternelle fait plutôt bien son travail.

Concernant les écarts entre REP+ et hors EP, les écarts les plus importants sont constatés en compréhension orale, et les moins importants en connaissance des lettres et pour les compétences phonologiques : ces constats pourraient orienter le travail de résorption des écarts vers la compréhension, et non vers ce qui pose le moins de problème à savoir les lettres et la phonologie.

Or ce sont précisément ces domaines qui vont être privilégiés en CP…

Il n’est pas étonnant que la compréhension de mots soit l’épreuve la moins réussie puisque celle-ci demande aux élèves de s’exprimer sur des mots hors contexte, non porteurs de sens.

Il est à craindre que le ministère en profite pour développer des prescriptions de leçons de vocabulaire comme ce fut le cas sous le ministère De Robien, des recommandations qui au final pénalisent les élèves les moins bien dotés dans le domaine culturel.

De la même manière, la connaissance des lettres est la compétence la moins affirmée avec 59%. Est-il essentiel de connaître tous les noms des lettres pour entrer dans la lecture ? Mireille Brigaudiot insiste plutôt sur la nécessité de produire des écrits, pour construire un apprentissage qui ait du sens. Là encore on peut craindre des recommandations qui au final desserviront les élèves les plus fragiles, en ne les engageant pas dans un travail de découverte et de réflexion autour de l’écrit mais dans des exercices de mémorisation qui n’auront que peu d’effet.

Les résultats moins bons en Education Prioritaire laissent craindre un développement des prescriptions pour préparer aux évaluations en GS : cf. Vadémécum pilotage 100% de réussite et guide vert sur la phonologie qui donne des attendus de fins de cycle en lien avec les évaluations et non plus les programmes.

Or la recherche l’a montré, faire trop vite trop tôt pénalise les plus faibles, sans parler des interrogations sur ce qui permet réellement de construire les compétences de lecteur expert.

En Mathématiques :

• Des résultats élevés en reconnaissance et écriture des nombres (92,2% et 87,7%)

• Les exercices portant sur l’utilisation des nombres sont moins bien réussis avec des difficultés dans la résolution de problèmes (66,1%)

• Echec de l’exercice droite numérique (46,6%)

• Nouvel exercice sur la reproduction d’un assemblage 83,9%

Commentaires SNUipp-FSU

Sans surprise l’exercice de la droite numérique est toujours aussi difficile pour les élèves. La Depp l’explique par un manque de familiarité avec cet exercice. Faut-il en conclure qu’il faille davantage entrainer les élèves alors que cet exercice est fortement remis en cause par une partie de la recherche et qu’il est la marotte de S. Dehaene ? On se souvient des critiques de Rémi Brissiaud, alertant sur le fait que cet exercice se situe du côté du comptage-numérotage, et non pas du côté du comptage-dénombrement, indispensable à la réussite des élèves en mathématiques….

Là encore ce sont les exercices qui demandent de la réflexion, du sens qui sont les moins réussis.

Il faudrait que le ministère l’entende et change son fusil d’épaule quant à ses consignes qui se résument à entrainement, automatisation, évaluation oubliant les dimensions de compréhension et de réflexion.

Ce que dit la note CE1 n°20.06

En Français :

• Près 1/3 des élèves ne lisent pas plus de 30 mots en une minute ;

• 28,6% lisent moins de 30 mots d’un texte simple en une minute ;

• 85,5% réussissent la dictée de syllabes ;

• Dictée de mots : 22,9% des élèves sont en difficulté ;

• Compréhension écrite : 4 élèves sur 5 ont un taux de maitrise « satisfaisant » ;

• Compréhension orale moins réussie notamment compréhension de mots (76,6%) ;

• Les écarts entre hors EP et EP diminuent sauf pour la compréhension orale de mots, pas d’évolution significative ;

• Réduction forte des écarts en lecture de mots (-3 points), écriture de syllabes (-3 points), écriture de mots (-2,7 points) et de texte (-2,2 points).

Commentaires du SNUipp-FSU :

Les élèves arrivant de maternelle (tests de début de CP) avaient les meilleurs résultats en compréhension orale (de phrases et surtout de textes).

En début de CP, les écarts entre REP+ et hors EP les plus importants étaient cependant constatés en compréhension orale, et les moins importants en connaissance des lettres et pour les compétences phonologiques.

En début du CE1, les écarts les plus marqués entre REP+ et hors EP se situent toujours en compréhension orale  : la focalisation en CP sur les correspondances lettres-sons et la fluence n’est-elle pas à l’origine de cette confirmation des écarts en compréhension ? La fluence est-elle une voie pertinente pour construire les compétences de compréhension ?

Ces questions méritent d’être posées à l’aune de ces résultats.

Par ailleurs, malgré la focale très importante mise sur la fluence, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes du ministère. Mais quel objectif l’école doit-elle avoir ? Oraliser le plus possible de mots en un temps défini ou bien comprendre ce qui est lu ?

Pour le SNUipp-FSU la focale devrait être mise sur la compréhension, les évaluations PIRLS sont là pour nous rappeler que ce qui fait obstacle à nos élèves ce n’est pas le déchiffrage mais la compréhension fine d’un écrit notamment pour les élèves les plus fragiles. Entrainer les élèves à oraliser vite, à déchiffrer sans se centrer sur le sens amène les plus fragiles à rester dans des postures « scolaires » éloignées des compétences des lecteurs experts.

Globalement, le ministère explique la réduction des écarts par la politique des dédoublements, mais constate que la réduction des écarts est plus forte pour les élèves de REP, ce qui traduit une augmentation de l’écart entre REP et REP+.

En Mathématiques :

• Reconnaissance et écriture des nombres 75,6% et 72,6% ;

• Exercices de calcul (additionner et soustraire), la moitié des élèves atteint le seuil fixé ;

• Exercices de calcul mental mieux maîtrisés, 3 élèves sur 4 ;

• Ligne numérique 55,7% ;

• Résolution de problèmes : le plus échoué 46,1% ;

• Réduction des écarts aussi en mathématiques, écriture et lecture des nombres (-3,3 points), soustraction (-3 points), addition (-2,7 points)

Commentaires du SNUipp-FSU

L’exercice de la ligne numérique est mieux réussi, sans doute tout simplement parce qu’il a été plus travaillé par les enseignants. Les résolutions de problème restent l’exercice le moins réussi notamment en REP+. Là encore ce sont les exercices qui font intervenir du raisonnement et de la compréhension qui sont les plus échoués.

Conclusion

Les écarts perdurent entre REP+ REP et hors REP et se creusent pour la compréhension et les résolutions de problèmes entre REP et REP+ au détriment du REP+, ce qui interroge sur la réussite supposée des dédoublement des classes et des prescriptions ministérielles autour de l’automatisation et la mémorisation, plutôt que du raisonnement et de la compréhension.

Il est à craindre que la meilleure progression des REP aux tests par rapport au REP+ soit utilisée comme argument pour justifier le fait de sortir les REP de l’éducation prioritaire.

Les progrès constatés pour les élèves de CE1 seront surement utilisés par le ministre pour enfoncer le clou des prescriptions.

Pour les CP pas de progrès par rapport à l’an dernier, le risque est grand que soit utilisé le guide vert phonologie GS (qui est le « petit frère » du guide orange) pour imposer de nouvelles pratiques en maternelle.

Pourtant, ces résultats aux tests permettent aussi d’interroger la focalisation sur les lettres, la phonologie et la fluence en CP et en CE1 sur la construction des compétences de lecteur.

Enfin, il est utile de relire la tribune de Roland Goigoux du 05/11/2019 « Evaluations 2019 : des silences qui en disent long » (parue dans Médiapart), dans laquelle le chercheur livre une analyse très critique de ces évaluations de début d’année 2019-2020.

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